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Statuts juridiques Cotisations sociales Gestion d'atelier

SASU ou EURL pour un atelier d'art : le comparatif chiffré

Publié le 24 octobre 2026 • Par L'équipe ManoArt

Pour un atelier qui se verse une rémunération régulière et modeste, l’EURL coûte nettement moins cher. Pour un atelier à revenus irréguliers, ou qui traverse des années sans rémunération, la SASU protège mieux la trésorerie. C’est l’arbitrage central, et il ne se joue pas là où la plupart des comparatifs le placent.

En 2026, une réforme change la donne : les cotisations des travailleurs indépendants se calculent désormais sur une assiette unique, avec un abattement forfaitaire de 26 % (Urssaf, réforme applicable aux revenus 2025 déclarés en 2026). La majorité des comparatifs en ligne s’appuie encore sur les anciens taux.

Cet article ne rouvre pas le débat micro-entreprise contre société. Cette question se tranche dans notre guide quel statut pour un artisan d’art. Ici, la décision de créer une société est prise. Reste à choisir laquelle.


SASU ou EURL : qu’est-ce qui change vraiment pour un atelier ?

Deux formes unipersonnelles, deux régimes sociaux opposés. Le gérant associé unique d’une EURL relève de la Sécurité sociale des indépendants. Le président de SASU relève du régime général, en qualité d’assimilé salarié. Tout le reste — responsabilité limitée, capital libre, amortissement du matériel — se comporte de façon comparable.

EURLSASU
Régime social du dirigeantTravailleur non salarié (SSI)Assimilé salarié (régime général)
Régime fiscal par défautImpôt sur le revenuImpôt sur les sociétés
Cotisation à revenu nulCotisations minimales duesAucune si pas de rémunération
DividendesPart au-delà de 10 % du capital soumise à cotisationsHors cotisations sociales
Souplesse des statutsEncadrée par le Code de commerceTrès large liberté de rédaction
Coût comptable annuelComparableComparable

Le choix entre SASU et EURL n’est pas un choix entre deux niveaux de protection. C’est un choix entre deux mécaniques de prélèvement : l’une assise sur un revenu annuel régularisé a posteriori, l’autre sur une rémunération décidée mois par mois. Pour un atelier, cette différence de rythme pèse plus lourd que l’écart de taux.


Combien coûte chaque euro net que vous vous versez en 2026 ?

Depuis la déclaration de revenus 2025 effectuée en 2026, l’Urssaf calcule les cotisations des indépendants sur une base unique : le revenu brut social, diminué d’un abattement forfaitaire de 26 %. Cet abattement est encadré par un plancher et un plafond indexés sur le plafond annuel de la Sécurité sociale, fixé à 48 060 € pour 2026.

Plutôt qu’un taux, raisonnez en coût pour un euro net. C’est le seul indicateur qui reste lisible d’une année sur l’autre.

Camille, céramiste, veut se verser 1 800 € net par mois, soit 21 600 € sur l’année.

  • En EURL, il faut dégager de l’ordre de 30 000 € de résultat avant rémunération pour y parvenir.
  • En SASU, le même net exige plutôt 38 000 à 39 000 €.

L’écart annuel tourne autour de 8 000 à 9 000 €. À 3 200 € net par mois, il grimpe vers 15 000 €. Ces ordres de grandeur se vérifient au cas par cas sur le simulateur officiel de l’Urssaf : les barèmes de retraite complémentaire et de maladie sont progressifs, et un atelier à faible revenu ne se comporte pas comme une entreprise à 2 plafonds.

Un mot sur les chiffres qui circulent. Les fourchettes lues en première page de Google — 45 % ici, 82 % là — ont été calculées avant la réforme d’assiette. Elles ne décrivent plus le calcul de 2026.

En 2026, faire parvenir un euro net dans la poche du dirigeant coûte environ 1,40 € en EURL contre 1,80 € en SASU, avant abattement et exonérations propres à chaque situation. L’écart se creuse à mesure que la rémunération augmente. Il ne dit rien, en revanche, de ce qui se passe une année sans revenu.


Que se passe-t-il l’année où l’atelier ne gagne rien ?

C’est là que le comparatif classique s’effondre. En EURL, des cotisations minimales restent dues même à revenu nul : elles couvrent les indemnités journalières, l’invalidité-décès, la retraite de base et la formation professionnelle. Bpifrance Création chiffre les bases forfaitaires 2026 à 40 % du plafond pour les indemnités journalières et à 450 fois le Smic horaire, soit 5 409 €, pour la retraite de base.

Traduction pour un atelier : une année blanche coûte tout de même plus de 1 500 € de cotisations. Four qui lâche en février. Salon annulé. Tendinite au poignet. Le prélèvement, lui, tombe.

En SASU, un président qui ne se verse aucune rémunération ne paie aucune cotisation. Trésorerie préservée. Mais la contrepartie est brutale, et rarement dite : pas de rémunération signifie aucun trimestre de retraite validé, aucune indemnité journalière.

Le seuil à connaître est simple. En 2026, valider quatre trimestres exige 7 212 € bruts de rémunération sur l’année, soit 150 fois le Smic horaire par trimestre (art. R.351-9 du Code de la sécurité sociale, circulaire Cnav 2025-33). Environ 600 € bruts par mois.

Un céramiste qui traverse deux mauvaises années en SASU sans se rémunérer perd huit trimestres. Personne ne l’en avertira.

Les cotisations minimales de l’EURL sont un plancher de dépense, mais aussi un plancher de droits : la base retraite forfaitaire valide trois trimestres par an, même sans revenu. La SASU sans rémunération ne coûte rien et ne construit rien. Pour un atelier à revenus discontinus, l’arbitrage se pose en ces termes, pas en pourcentages.


Four, tour, machines : quelle forme absorbe le mieux l’investissement de départ ?

L’amortissement du matériel fonctionne à l’identique dans les deux formes. Un four à 9 000 €, un tour, une aspiration, une raboteuse : la durée d’amortissement dépend du bien, pas de la forme juridique. Ce n’est donc pas là que se joue la différence.

Elle se joue sur le sort du déficit de première année.

L’EURL dont l’associé unique est une personne physique relève de l’impôt sur le revenu par défaut. Le résultat remonte au foyer fiscal en bénéfices industriels et commerciaux. Un déficit d’exploitation peut alors, sous les conditions de l’article 156 du CGI relatives à l’exercice professionnel de l’activité, s’imputer sur le revenu global du foyer.

La SASU relève de l’impôt sur les sociétés par défaut. Le déficit reste enfermé dans la société et se reporte sur les bénéfices des exercices suivants.

Marc, ébéniste, investit 28 000 € en machines la première année. Son conjoint est salarié et déclare 34 000 €. En EURL à l’IR, le déficit de démarrage vient réduire le revenu imposable du couple dès la première déclaration. En SASU, il attend un bénéfice qui mettra peut-être trois ans à venir.

L’écart de trésorerie sur les deux premières années dépasse souvent l’écart de cotisations. C’est le paramètre le plus sous-estimé du choix.

Avant de trancher, chiffrez ce que votre matériel pèse réellement sur chaque pièce produite : notre méthode de calcul du coût de revient détaille l’intégration de l’amortissement, et le simulateur de coût de revient le fait pour vous.


Rémunération ou dividendes : où l’écart se creuse

Trois mécanismes suffisent à comprendre.

En EURL, la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital social entre dans l’assiette des cotisations du gérant. La notice de déclaration de revenus 2026 de l’Urssaf le confirme pour les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés. Un capital de 1 000 € laisse donc 100 € de dividendes hors cotisations. Autant dire rien.

En SASU, les dividendes échappent aux cotisations sociales. Ils supportent le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux (art. 200 A du CGI). Attention à un chiffre erroné très répandu : plusieurs sites annoncent 31,4 %.

Dans les deux cas, le bénéfice supporte d’abord l’impôt sur les sociétés — 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà, sous conditions de capital libéré et de détention par des personnes physiques.

Maintenant, la réalité de terrain. Un atelier qui dégage 8 000 € de bénéfice après rémunération n’a pas de stratégie de distribution à construire. Ce débat commence à peser à partir de bénéfices confortables et réguliers, ce qui décrit une minorité d’ateliers d’art.

En EURL, la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social supporte les cotisations du régime des indépendants. En SASU, les dividendes relèvent du prélèvement forfaitaire unique à 30 %, hors cotisations sociales. Cet avantage ne devient significatif que si l’atelier dégage un bénéfice distribuable après s’être payé correctement.


Créer une société met-elle fin à votre statut d’artiste-auteur ?

Oui, pour l’activité logée dans la société. C’est la conséquence la moins documentée du passage en société, et elle prend beaucoup d’artisans de court.

Le régime des artistes-auteurs s’adresse à des personnes physiques percevant des revenus tirés de leurs œuvres, déclarés en bénéfices non commerciaux ou en traitements et salaires (Urssaf artistes-auteurs, art. L382-1 et suivants du Code de la sécurité sociale). Une pièce vendue par une SASU ou une EURL est vendue par une personne morale. Les recettes ne sont plus des revenus d’auteur.

Les effets s’enchaînent. Le régime social bascule vers la SSI ou le régime général. Les cotisations à l’Ircec suivent le même sort. Le régime de TVA change de référentiel : le seuil de franchise propre à l’artiste-auteur ne s’applique plus, et c’est le régime de la société qui gouverne — un point détaillé dans notre guide de la TVA pour artisan d’art.

Un point de prudence sur les aides. Certains dispositifs, dont l’aide individuelle à la création des DRAC, s’adressent à des artistes exerçant en nom propre. Avant d’immatriculer, vérifiez l’impact sur les guichets que vous visez auprès de votre DRAC régionale, en vous appuyant sur les critères décrits dans notre article sur l’aide à la création DRAC.

Si la question de votre qualification n’est pas tranchée, elle se pose avant celle de la forme juridique : voir notre test « Artisan ou artiste-auteur » et notre guide d’affiliation à la Sécurité sociale des artistes-auteurs. Nos cotisations Urssaf de l’artiste-auteur détaillent ce que vous quitteriez.

Le régime des artistes-auteurs est réservé aux personnes physiques déclarant des revenus d’œuvres en BNC ou en traitements et salaires. Immatriculer une SASU ou une EURL fait sortir de ce régime l’activité qu’on y loge : couverture sociale, cotisations Ircec et référentiel de TVA changent simultanément.


Ce que le choix de forme ne change pas

Beaucoup d’artisans attendent de la forme juridique des effets qu’elle n’a pas.

  • L’inscription au répertoire des métiers. Elle dépend de la nature artisanale de l’activité et de l’effectif, pas de la forme.
  • La qualification professionnelle exigée pour certains métiers réglementés. Elle suit la personne qui exerce.
  • Le taux de TVA réduit sur les œuvres originales. Il dépend de la nature du bien vendu et des conditions de l’art. 278-0 bis du CGI, jamais du statut juridique.
  • Le document unique d’évaluation des risques. Obligatoire dès le premier salarié, quelle que soit la structure.
  • Vos CGV et vos clauses de commande sur-mesure. Identiques.
  • Le calendrier de la facture électronique. Il vise les assujettis, pas les formes sociales.

Trois ateliers, trois arbitrages

Camille, céramiste, 24 000 € de recettes, affiliée artistes-auteurs. Elle vend en direct et en galerie. Le passage en société lui coûterait son régime actuel pour un gain fiscal quasi nul à ce niveau de recettes. Notre lecture : rester en nom propre tant que la structure de charges ne justifie pas le réel, et relire la question à 45 000 €.

Marc, ébéniste, 70 000 € de chiffre d’affaires, premier salarié envisagé sous 18 mois. Charges de matière lourdes, machines à amortir, revenu régulier. L’EURL à l’IR absorbe mieux l’investissement de départ, et l’écart de cotisations représente plusieurs milliers d’euros par an. Notre lecture : EURL, avec examen de l’option pour l’impôt sur les sociétés une fois le déficit résorbé.

Léa, verrière, 40 000 € d’investissement initial, revenus très irréguliers. Deux salons portent 60 % de son chiffre. Certaines années seront blanches. Le plancher de cotisations de l’EURL la pénalise précisément les années où elle ne peut pas payer. Notre lecture : SASU, avec une rémunération mensuelle modeste maintenue au-dessus de 601 € bruts pour préserver ses trimestres.

Ces arbitrages se posent à froid, en amont du rendez-vous avec votre comptable. C’est exactement ce que ManoArt aide à préparer : modéliser votre situation, poser les bons chiffres, arriver avec des questions précises plutôt qu’un dossier à trous.

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Questions fréquentes

Peut-on transformer une EURL en SASU plus tard ? Oui. La transformation est possible et se décide par l’associé unique, avec modification des statuts et formalités au greffe. Elle entraîne un changement de régime social du dirigeant et, selon les cas, des conséquences fiscales. Faites-la chiffrer avant de la lancer.

Un président de SASU non rémunéré a-t-il une couverture maladie ? Pas au titre de son mandat, puisqu’il ne cotise pas. Il conserve une prise en charge des frais de santé via la protection universelle maladie, mais sans indemnités journalières ni validation de trimestres. C’est la contrepartie directe de l’absence de cotisation.

Quel capital social pour un atelier d’art ? Un euro suffit légalement dans les deux formes. En EURL, un capital très faible réduit à néant la part de dividendes exonérée de cotisations, calculée sur 10 % du capital. Un capital cohérent avec vos apports en matériel reste plus lisible pour votre banque.

L’ACRE s’applique-t-elle aux deux formes ? Le dispositif existe pour les deux, mais son périmètre et son taux ont été resserrés au 1er janvier 2026. Les conditions d’éligibilité étant devenues plus étroites, vérifiez votre situation directement auprès de l’Urssaf avant de bâtir un prévisionnel dessus.

Combien coûte un expert-comptable pour une société d’atelier ? Comptez un budget annuel comparable dans les deux formes, la SASU ajoutant l’établissement des bulletins de paie du président lorsqu’il se rémunère. La différence de coût comptable n’est pas un argument sérieux pour départager les deux structures.

SASU ou EURL ouvre-t-elle droit au chômage ? Ni l’une ni l’autre au titre du mandat social. Le président de SASU est assimilé salarié pour la Sécurité sociale, mais ne cotise pas à l’assurance chômage. L’allocation des travailleurs indépendants obéit à des conditions strictes de cessation d’activité et de revenus antérieurs.

Peut-on garder une micro-entreprise à côté de sa société ? Techniquement oui, mais la ventilation des flux devient délicate et les requalifications sont fréquentes. Nous détaillons les règles de cumul dans notre article sur le cumul micro-entreprise et artiste-auteur.


Sources


Avertissement : Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et pédagogique pour accompagner la réflexion de l’artisan. Elles ne remplacent en aucun cas l’avis personnalisé d’un expert-comptable, d’un conseiller fiscal ou d’un avocat spécialisé.

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